Depuis le 1er août, Denis Berthelot exerce une nouvelle activité : « énergiculteur ». Ce jeune agriculteur, qui se revendique « d’abord, et avant tout, producteur de lait », a fait installer, sur le toit d’un bâtiment de son exploitation, 225 m² de panneaux photovoltaïques. Désormais, il produit l’équivalent de la consommation électrique d’un village d’une quinzaine de maisons.
C’est en 2007 que sa réflexion a débuté. « Les plaques de fibrociment de la toiture de ma stabulation étaient poreuses. Alors, quitte à les changer… » Intéressé par les nouvelles technologies, il commence par recueillir des informations sur le solaire photovoltaïque en consultant sites et forums sur Internet. Seul à la tête d’une exploitation de 40 vaches laitières et 80 hectares, Denis Berthelot recherche une solution sans entretien et qui, surtout, ne lui occasionnera pas de travail supplémentaire.
Durant l’été 2007, à l’occasion du Salon des fourrages et des initiatives rurales (Safir), il prend contact avec deux sociétés spécialisées. Histoire de voir concrètement ce que cela peut donner, il se rend à une journée portes ouvertes organisée sur une exploitation agricole déjà équipée par l’entreprise Photon Power, en Loire-Atlantique. « Là, j’ai pu discuter avec d’autres agriculteurs, cela m’a conforté dans ma démarche ». L’analyse économique réalisée après étude du site - contrôle de l’orientation et de la pente du toit, prise en compte de la présence éventuelle de « masques » diminuant le rendement des panneaux… - achève de le convaincre. Pour le financement de ce projet d’un montant global avoisinant les 200 000 euros, il va appliquer la même approche pragmatique et retenir le Crédit Mutuel de Bretagne. « Au CMB, j’ai rencontré des gens compétents, qui s’intéressaient à ces nouveaux modes de production d’énergie ».
Conforme aux prévisions, malgré la météo Le chantier démarre véritablement à la mi-mai 2007, avec la pose des 180 panneaux photovoltaïques (1,58 m x 0,80 m à l’unité). En trois semaines, les 225 m² sont installés. Dans la stabulation, seuls quelques câbles courant le long d’un poteau de charpente trahissent la présence d’une « centrale solaire » sur le toit. Dans un bâtiment voisin, un local technique a été aménagé. Il abrite les 6 onduleurs nécessaires pour transformer le courant continu produit par les panneaux (l’équivalent d’un générateur de 30,6 kilowatts crête) en courant alternatif capable d’être réinjecté dans le réseau électrique. En service depuis le 30 juillet, date du raccordement à EDF, l’équipement fonctionne sans souci. « En août, c’était un peu en dessous ; en septembre, un peu au-dessus. Globalement, je suis en ligne avec le tableau de marche. Les 15 premiers jours, je guettais la météo. Aujourd’hui, cela m’a passé. Et je peux rester une semaine sans venir consulter les compteurs ». A l’avenir, Denis Berthelot pourra espacer encore plus ses visites de contrôle : un système de télésurveillance le reliera directement à la société assurant l’entretien de son installation.
Un « bonus » écologique En mars 2007, les dirigeants politiques européens, soucieux de promouvoir les énergies renouvelables, se sont fixés un objectif ambitieux : celles-ci devront représenter un cinquième de la consommation énergétique de l’Union d’ici à 2020. Parmi les mesures incitatives : un tarif d’achat de l’électricité solaire des plus intéressants. « Le kWh produit m’est acheté 57 centimes d’euros, c’est le tarif préférentiel (environ 5 fois supérieur au prix de vente standard) appliqué lorsque les panneaux solaires sont intégrés au bâti, comme c’est le cas pour ma stabulation », explique Denis Berthelot qui a conclu un contrat d’une durée de 20 ans avec EDF. Pour cet agriculteur breton, le choix du solaire s’apparente plus à un placement financier qu’à un acte militant. « L’aspect écologique, c’est un peu la cerise sur le gâteau. Aujourd’hui, j’ai 35 ans, mes différents prêts arrivent à échéance et je n’envisage pas de gros investissements sur l’exploitation. Le moment était donc opportun. Cet équipement sera amorti dans 15 ans. Et il continuera à produire ensuite puisque les panneaux sont garantis pour un rendement de 80 % à 25 ans. Cela me fera alors un complément de revenu ». A condition de ne pas faire de l’ombre aux éventuels autres investissements nécessaires à la bonne marche d’une exploitation, « tomber » dans le panneau photovoltaïque peut s’avérer un choix judicieux.
Jean-Yves Nicolas
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