Pomme, pomme, pomme, pomme… Non, ce n’est pas la cinquième symphonie de Beethoven mais la partition que Laurent Gauter joue désormais au quotidien. A l’approche de la quarantaine, ce fils d’agriculteurs est revenu sur les terres familiales, à Brec’h (56), pour s’installer comme arboriculteur. Le fruit d’un long cheminement.
« Au départ, je ne voulais pas reprendre l’exploitation - porcs et cultures - de mes parents. Je les avais vus travailler dur et prendre de plein fouet la crise porcine des années 90. J’avais envie de tourner la page ». Après son BTA en production porcine, il choisit d’enchaîner avec un BTS de technico-commercial en agro-alimentaire, puis se spécialise en suivant une formation de chef de rayon fruits et légumes. Chauffeur-livreur chez un grossiste, il devient ensuite vendeur « à la chine », parcourant la région pour proposer ses fruits et légumes aux restaurateurs. Après un nouveau virage professionnel, il exerce durant 7 ans le métier de livreur de fuel. Mais l’agriculture finit par le rattraper.
Un bâtiment réutilisé « A un moment, j’ai eu envie de changer, de travailler pour moi. J’avais un frère qui était son propre patron, un beau-frère qui avait son entreprise… A la même époque, mes parents cherchaient à céder leur exploitation. Depuis plusieurs années, ils avaient peu à peu abandonné leur métier de naisseur pour ne plus faire que du porc à façon. Parallèlement, ils cultivaient des vergers et avaient développé une activité de vente directe sur la ferme et quelques marchés locaux ». Après discussion et réflexion, Laurent Gauter décide de reprendre l’exploitation familiale. Mais pas question de poursuivre les porcs pour celui qui avoue avoir « toujours préféré la culture à l’élevage ». Durant 18 mois, il travaille aux côtés de ses parents et apprend sur le terrain son métier d’arboriculteur. « Mon père est quelqu’un de très curieux, qui lit énormément. Et il a des années d’expérience. Aujourd’hui encore, c’est rassurant de savoir que je peux compter sur lui en cas de besoin ». Le verger de 5 hectares s’étoffe rapidement d’un hectare supplémentaire de pommiers, « j’ai aussi quelques poiriers, pruniers et cerisiers ». Des plantations toutes irriguées en goutte à goutte, grâce à une réserve d’eau située sur l’exploitation. Le bâtiment d’élevage, construit non loin de la route départementale, a, lui, trouvé une nouvelle vocation. Les salles d’engraissement ont été démontées, la charpente renforcée et le tout sérieusement nettoyé pour laisser place à une vaste chambre froide (220 m² au sol) et à une surface de vente.
Une variété de variétés Dans son magasin, qui a ouvert en novembre 2007, Laurent Gauter propose une vingtaine de variétés de pommes différentes. Des « célébrités » comme l’Elstar ou la Reine des Reinettes, mais aussi de moins connues pourtant très savoureuses : Pilot, Suntan, Goldor… Il y en a pour tous les goûts. Et ce producteur passionné de vanter la qualité de ses fruits, « même sur une variété classique, les pommes que je propose ont une saveur différente. C’est l’expression du terroir. Et puis, ici, contrairement à la grande distribution, on peut attendre pour proposer des fruits qui ont atteint leur maturité ». Le « tombage » récolté au pied des arbres est valorisé en jus de pomme. La boisson maison « vient d’ailleurs d’être récompensée par une médaille d’argent lors de la cinquième édition des Trophées de la gastronomie bretonne ». Pour compléter l’offre, l’agriculteur morbihannais propose également les légumes produits par son cousin, Guy Cadudal, maraîcher sur la commune de Brec’h et qui, comme lui, pratique l’agriculture raisonnée. Aujourd’hui, près de la moitié de la production des vergers de Kerbellec est écoulée directement sur l’exploitation, le reste se répartissant entre la vente aux restaurants et aux crêperies (10 %) et les marchés (40 %). « Toutes les semaines, nous sommes présents à Carnac, La Trinité, Quiberon, Port-Louis et Arradon. J’emploie une vendeuse à plein temps. Elle est sur les marchés le matin et travaille au magasin l’après-midi. De mon côté, j’assure 2 marchés par semaine. Cela demande beaucoup d’énergie mais la clientèle est fidèle. Il y a un vrai lien qui se crée. Les gens sont habitués à leur vendeur. J’ai pu le mesurer quand j’ai pris la suite de mon père… »
Une année moyenne Cette année, la récolte de pommes devrait avoisiner les 140 tonnes, soit près de 30 tonnes de moins que l’an passé. « On a souffert d’une période de froid début mai, avec une température de - 4 ° C en pleine période de floraison ». A terme, lorsque les 6 hectares de son verger seront en pleine production - et que la météo ne lui jouera pas de vilain tour -, Laurent Gauter espère dépasser les 200 tonnes annuelles. Malgré cette année 2008 très moyenne, le Morbihannais ne regrette pas un seul instant d’avoir opté pour l’agriculture. « A 39 ans, je démarre une nouvelle étape professionnelle. C’est prenant, cela empiète sur ma vie familiale, mais c’est quelque chose que j’ai choisi. Et j’ai enfin le sentiment d’être maître de mon destin ». Une manière de tomber dans les pommes avec lucidité.
Jean-Yves Nicolas
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