Dans une atmosphère très "zen", les 70 à 80 convives sont invités, à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation du 16 octobre, à un repas où la table est dressée pour 10 personnages dont Pongtip, rizicultrice thaïlandaise ou Mourad, ouvrier agricole marocain dans des serres d'Andalousie. Inauguré mercredi par des donateurs ou des membres d'ONG, ce repas sera ouvert au public de jeudi à dimanche pour deux festins quotidiens à 12H00 et 13H30 au pavillon Paul Delouvrier, au parc de la Villette à Paris. "Cette mise en scène vivante animée par des comédiens permet de sensibiliser un public du Nord sur l'influence de nos habitudes alimentaires sur le non-développement des pays du Sud et la progression de la faim dans le monde qui en résulte", explique à l'AFP Antoine Malafosse, délégué général du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre Solidaire). "Les participants découvrent pourquoi des paysans quittent leurs terres, pourquoi 800 millions de petits cultivateurs souffrent de la faim à travers le monde et comment s'explique la hausse des prix des denrées alimentaires", ajoute-t-il. La douceur des lumières tamisées qui enveloppe une immense table de banquet en U et l'harmonie d'un violon contrastent avec la violence de l'histoire des personnages. Ainsi celle de Joseph, un Camerounais dont l'assiette est composée d'un poulet aux gombos en sauce. Il s'est lancé dans l'élevage de volaille mais l'importation massive de poulets industriels européens à bas prix le prive de ressources et précipite toute la filière avicole camerounaise dans la faillite. Les convives en apprennent aussi beaucoup sur l'huile de palme, dont le goût les fait grimacer et que Dianto est contraint de produire à Bornéo sans que le prix à l'achat ne lui permette de survivre. Cette denrée est présente dans tous les plats préparés des pays riches mais aussi dans les produits de beauté ou les engrais, soulignent des comédiens. "Malheureusement le bilan des grandes plantations de palmiers à huile n'est pas très reluisant: paysans expulsés de leurs terres, déforestation accélérée, pollution des eaux et des sols, épuisement des ressources naturelles", explique le CCFD dans un "menu". "La crise alimentaire actuelle qui touche 925 millions de personnes dont une majorité de petits agriculteurs du Sud est le résultat prévisible de politiques libérales imposées depuis 30 ans aux pays du Sud", martèle Ambroise Mazal, chargé de la souveraineté alimentaire au CCFD. Il faut donc souligne le CCFD réhabiliter l'agriculture familiale des pays du Sud, réguler les marchés pour protéger les productions de ces pays et redonner leur vocation alimentaire aux terres du Sud dédiées aux agrocarburants. Les participants peuvent ainsi trinquer à un monde meilleur lors du partage symbolique d'un gâteau final avec des personnages variés du petit paysan mexicain au commercial de la "World Society Masanté" derrière laquelle on reconnaît aisément le géant américain de l'agrochimie Monsanto.
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