Les commissaires à l'Agriculture Mariann Fischer Boel et au Développement Louis Michel présenteront mardi un projet utilisant les surplus de la PAC de 2008 et peut-être 2009 pour aider les pays en développement à accroître leur production agricole. "L'agriculture, dans l'aide au développement, a été une sous-priorité depuis plus de vingt ans. Nous devons rattraper ça", a déclaré jeudi Mme Fischer Boel lors de la conférence "Qui va nourrir le monde?" organisée à Bruxelles. "Nous allons proposer un paquet pour que les pays en développement importateurs nets de nourriture puissent recevoir de l'argent pour les semences et les engrais, pour améliorer leur propre production", a-t-elle ajouté. Elle a refusé de dévoiler le montant de cette enveloppe de mardi, mais une source européenne a indiqué à l'AFP que les sommes en jeu se situaient "entre 750 millions et un milliard d'euros". Alors que normalement ce surplus de la PAC retourne aux budgets nationaux des 27, ces propositions risquent de passer difficilement auprès des Etats membres, déjà réticents lorsque la commissaire avait évoqué une utilisation de la PAC pour les pays pauvres en mai. "C'est une idée neuve et importante qui mérite d'être étudiée et débattue", a prudemment commenté jeudi le ministre français de l'Agriculture Michel Barnier, dont le pays préside l'UE depuis mardi, estimant qu'une situation exceptionnelle méritait des "réponses elles aussi exceptionnelles". Il a toutefois souligné que malgré leur volonté d'agir, les pays membres étaient "contraints par un autre objectif: réduire notre déficit et respecter les règles communautaires liées à l'euro". Alors que l'UE a promis plusieurs fois d'aider les pays qui font face à une flambée des prix des denrées de première nécessité et parfois à des émeutes de la faim, ses promesses risquent de se heurter à la rigueur de ministres du Budget, qui seront appelés, comme le Parlement européen, à donner leur aval, a averti une source européenne. Le commissaire Michel a espéré que les 27 n'adopteraient pas "une approche budgétariste" et seraient guidés par les nécessités du développement. "Si les Etats membres ne lâchent pas cet argent, leur crédibilité se révèlera ridicule", a plaidé également Alexander Woolcombe, de l'ONG Oxfam. L'initiative de la Commission pourrait aussi buter sur d'autres écueils. "Il ne faut pas retomber dans les travers consistant à distribuer l'argent aux gouvernements sans associer très étroitement les associations collectives de paysans", a ainsi souligné Gérard Lenoir, président de l'association "Agriculteurs français et développement international". Il faudrait aussi que les pays bénéficiaires de cette aide s'engagent à développer les infrastructures nécessaires à la commercialisation de leur production agricole. Plus généralement, les gouvernements des pays pauvres doivent se "responsabiliser plus" pour régler cette crise alimentaire, en faisant de l'agriculture une de leurs priorités, a insisté le commissaire Michel. "In fine, ce n'est pas la communauté internationale qui va créer les conditions agricoles de ces pays", a-t-il souligné.
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